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Publié par Virginie Maillard

Extrait d'une correspondance avec mon amie Alexandra
Une soirée sur le tatami


Avec peine, je lache mon thriller, je sors de mon canapé et je consulte mon agenda rouge. 18 H 30, Aïkido à Porte de Vincennes. Ah oui, c'est vrai, ma professeur d'atelier d'écriture m'a donné une invitation pour assister à un cours gratuit dans la semaine. Oh...  j'ai pas envie. 


17 H 30, Florence Foresti immerge mon esprit. "Oh j'ai le temps d'y réfléchir... sachant que pour aller au métro, j'ai 20 minutes de marche puis trois stations soit à peine 5 minutes. Enfin, du métro au Dojo, je dirai encore 5 minutes de marche. Le cours commence à 18 H 30 pile. Une fois sur place, je me présente, discute et enfile un kimono,... Je suis large encore !"

17 H 45. "Allez Virginie, bouge tes fesses et soit curieuse. N'est-ce pas ta première qualité ? En plus c'est gratuit ! Tu n'as aucune excuse !"

17 H 50, je dévale l'escalier de mon immeuble avec mon sac à main pour arriver à l'heure.
Sur le chemin pour rejoindre le métro, c'est la galère. J'étais pas si large... Bon après une montée d'adrénaline, j'accélère le pas !

18 H 18. J'y suis. A première vue, les lieux sont surprenants. Le quartier, le 20e arrondissement, est calme. La nuit vient de tomber. Il fait froid. Je remonte le col de mon cardigan noir. Certains fumeurs récalcitrants, cigarette dans leur main bleue tremblante, siègent devant le petit troquet du quartier, juste à côté de l'entrée du Dojo.
Les locaux ont l'air vétustes et sommaires vu de
l'extérieur. La porte d'entrée, en ferraille, grince. Personne dans la petite cour qui se dévoile. Je ne suis pas rassurée. Je la traverse  et je grimpe deux étages d'escaliers en... béton brut.

J'entrouve discrètement la dernière porte en ferraille et je pénètre dans une pièce où pullule une petite dizaine de personnes en chaussette. Un jeune homme, où le visage est parsemé de quelque résistant de la guerre d'adolescence, m'accueille chaleureusement. Il m'invite à retirer mes chaussures. Ouf ! J'avais prévu le coup, j'ai veillé à mettre avant de partir des chaussettes sans trou.
Il m'explique alors le déroulement et m'indique le vestiaire pour enfiler un kimono. Une étape qui va s'avérer extrêmement inconfortable.

La cérémonie


Une femme, âgée d'une cinquantaine d'années, chaleureuse, m'accueille et me prête un kimono. A peine dix personnes, de toutes générations, gesticulent dans le vestiaire. Le moment terrible : moi grande pudique, je dois me déshabiller devant ces inconnues. Déjà devant mes TRES proches amiEs j'ai de grandes difficultés alors là...
Je ne peux pas leur demander de sortir ni de se retourner... pas non plus de petit coin discret. Aller comme en 40 ! De toute façon elles sont toutes seins nus et cul à l'air devant moi ! Ardue le vie en communauté. Je m'exécute. Du coin de l'oeil, j'observe. Personne ne me regarde. Je commence à me sentir bien. Une seconde dame, aussi chaleureuse que la première, m'aide à enfiler le kimono et à bien serrer ma ceinture.

La séance commence dans une grande salle aux murs blancs et au sol recouvert d'un tapis mou beige, le tatami. C'est très agréable au contact de mes pieds nus vernis d'un léger mauve. Cinq petites fenêtres projetent la lumière, et au milieu de la pièce, un grand panneau vertical représentant la calligraphie du Dojo Tenshin, le portrait du fondateur. Tous les élèves sont assis en seïza et en rangé de deux lignes parallèles, les uns derrière les autres. Juste en face, l'instructeur. (Pour en savoir plus : code de conduite, salle d'entrainement).

Le silence est le maître en ce début de cérémonie. Seuls les souffles des pratiquants résonnent dans cette grande pièce rectangulaire. On salut. On forme des mouvements. Et je suis perdue. C'est étrange comme pratique. Bizarre. Je ne comprends pas tout.
Après quelques minutes, l'instructeur entreprend un bref discours pour expliquer aux novices curieux. "Rassurez-vous, c'est normal d'être perdu." Je souffle de soulagement en grimaçant.

On s'échauffe le corps dans le silence, seul le souffle résonne encore une fois. D'un coup tout le monde se lève. Panique. Je me retrouve entourée de gens en kimono debout qui commencent à courir sur le tatami. J'exécute dans le surprise. Après six tours, on se rassoit tous en ligne face à l'instructeur. J'ai le cœur qui bat la chamade.
"Bon, je vais constituer les binômes", décide l'instructeur. On me met avec Ana, une russe et une initiée. En me parlant, son accent l'a trahie. Durant trois quart d'heure nous allons pratiquer différentes figures d'Aïkido. Pas facile quand on n'a pas la technique.

Une découverte fructueuse

Après cette séance de découverte, sans même m'en rendre compte, j'ai vaincu plusieurs de mes petits diables.
Déjà, j'ai dû accepter qu'une inconnue m'approche à moins de cinq centimètres. J'ai beaucoup de mal avec le contact physique. Puis, il a fallu que je me plis à des règles ou plutôt des techniques pour être en harmonie avec ma partenaire. Aucune de nous deux ne doit dominer l'une ou l'autre, simplement s'harmoniser, se guider. Ce n'est pas évident. Dans l'idéal, avec un peu de pratique, seul le souffle oriente nos gestes. C'est une belle communion des corps.

L'Aïkido enseigné dans ce Dojo est basé sur la respiration. Le but n'est pas la compétition. C'est l'Aïkido traditionnel. Même si ce n'est pas violent, c'est un peu physique quand même ! Vraiment, je ne regrette pas d'avoir essayé, j'ai adoré.

Et comme j'aime terminer mes soirées sur une pincée de folie, j'ai chevauché un Vélib', beaucoup plus amusant de zigzaguer sur le trottoir que dans les couloirs du métro !

Virginie Maillard
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