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Publié par Virginie Maillard

 

 

Lille : Ouverture de l’Institut Avicenne des Sciences Humaines
« Inculquer un Islam de France »


L’Institut Avicenne* a ouvert ses portes le 25 novembre. Cet établissement laïc est installé au centre-ville de Lille. Il formera, entre autres, les cadres religieux à un Islam de France. Mohamed Béchari, son fondateur, présente cet Institut.

« C’est à l’Etat de faire ce type d’institut. Ce n’est pas à moi ! », annonce Mohamed Béchari, fondateur de l’Institut Avicenne des Sciences Humaines (IASH) et président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF).

Placé à quelques pas de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ), l’établissement supérieur privé a ouvert ses portes le 25 novembre en présence d'une cinquantaine d’élèves. Mohamed Béchari détaille son projet laïc. 

Pourquoi avoir implanté l’Institut Avicenne à Lille ?
Mohamed Béchari :
Et pourquoi pas ? (Rires)
Déjà, nous sommes dans l’ère de la décentralisation. Il n’y avait pas beaucoup d’intérêt de créer cet Institut à Paris puisqu’il existe déjà quatre structures un peu près équivalentes. Et puis, à Lille, je suis des querelles parisiennes !
D’autre part, la ville bénéficie d’une situation géographique privilégiée. C’est un carrefour européen. Nous sommes à trois heures d’Amsterdam. De plus, elle  a été désignée Capitale Européenne de la Culture en 2004, c’est une fabuleuse opportunité pour démontrer le pluralisme culturel. Le Nord accueille une forte communauté musulmane. À Lille, il y a un certain climat favorable pour connaître l’autre. De plus, Martine Aubry, m’a apporté un bon soutien pour réaliser mon projet.
Enfin, je suis un enfant de la région. Je suis originaire de Maubeuge.

À quel moment est née cette idée ?
M.B. :
L’idée de créer cet Institut ne date pas d’hier ! Plusieurs faits m’ont motivé. Déjà, la communauté internationale est inquiète sur l’association faite entre les musulmans et le terrorisme.
Puis, il y a aussi tous ces évènements de contestation comme la marche des Beurs en 1983, la polémique du foulard islamique en France en 2003, la guerre en Bosnie, les émeutes en banlieues,… Dans chacun de ces évènements, il y a deux interrogations qui reviennent constamment de la part des jeunes musulmans de France : qui sommes-nous ? Et vous êtes qui ? (en parlant de la population du Moyen-Orient). Chez cette deuxième ou troisième génération d’harkis, de beurs ou d’immigrés, il y a un problème d’identité. Malgré tout, il faut relativiser, la notion de Beurs est pratiquement disparue.
Par ailleurs, il y a aussi eu ces différents rapports comme la commission Stasi (ndrl : rapport de l’application du principe de laïcité, décembre 2003). Parmi les 71 propositions rédigées, l’une d’elles indiquait qu’il était urgent de créer un institut de formation musulman.
Un peu plus tard, c’est le rapport Machelon (ndrl : relation des cultes avec les pouvoirs publics, 20 septembre 2006) qui insiste sur la nécessité d’un institut de formation pour les cadres religieux musulmans.

Que propose l’Institut Avicenne ?
M.B. :
Déjà, son but est de contribuer au dialogue et à la coexistence des cultures occidentales et musulmanes. Trois activités sont mises en place.
La faculté de théologie pour former les imams ou les aumôniers. Il est très important d’éduquer ces cadres religieux. Plus de 90% des Imams qui prêchent en France ne maîtrisent pas le français. De plus, la plupart ne connaît pas la théologie musulmane. Ils faut leur inculquer un Islam de France, c’est-à-dire moderne et compatible avec les lois de la République.
Deuxième activité. Les cours universitaires généraux sont consacrés, pêle-mêle, au droit, à la sociologie de l’islam en Europe, aux institutions européennes, à la maîtrise de la langue arabe, à la calligraphie et aux beaux-arts.
Enfin, dernier volet de l’institut, les activités culturelles et de recherches. Je souhaite qu’Avicenne devienne un lieu de débat. Nous allons organiser toute l’année des colloques, des forums et des ateliers nationaux et internationaux. Et puis, dans l’avenir, l’établissement peut devenir un pont entre l’Europe et les pays musulmans.

Vous insistez sur la laïcité de ce projet. Mais le terme Avicenne annonce le contraire ?
M.B. :
Déjà, c’est quoi la laïcité ? Si ce terme signifie neutralité, alors il n’existe pas un seul concept laïc dans l’histoire !
Les enseignements ne sont pas confessionnels. Pour cela, il suffit de regarder la composition du Conseil Scientifique de l’Institut : il y a Monseigneur Gérard Defois, évêque de Lille, le pasteur Jean-Arnold de Clermond, président de la Fédération Protestante de France, Bernard Stasi, ancien ministre, et j’en passe !

Quel rôle a ce Conseil Scinetifique ?
M.B. : Ce conseil a un rôle pédagogique. Il est chargé de déterminer le contenu des différents programmes d’études mis en place au sein de l’Institut. C’est lui qui détermine le choix des enseignants. Il existe une grande mixité au sein de ce conseil !

Comment est financé l’Institut ?
M.B. :
Les ressources de l’institut proviennent de donateurs français et étrangers qui sont du domaine public ou privé.

Avez-vous eu un traitement de faveur de la part de Martine Aubry pour concrétiser votre projet  ?
M.B. : Pourquoi j’en aurai eu ? Parce que je suis proche de ses idées ! Non, je n’ai eu aucun traitement de faveur. J’ai monté mon dossier et je l’ai défendu, c’est tout.

  Virginie Maillard

* : Avicenne était un médecin, philosophe, poète, homme d’Etat musulman du X-XIème  siècle. Précurseur de l’Humanisme, il a inspiré de nombreux penseurs chrétiens. Son approche du religieux était relativement moderne et empreinte de tolérance.

A savoir : Cet établissement s’inscrit dans le dispositif d’enseignement et de recherche européenne LMD (licence, master, doctorat). Il propose des formations initiales, continues et par correspondance. Elles s’étalent, selon le type, de quelques semaines à deux ans. Les coûts d’inscription sont gratuits la première année.

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